Paranoia

Jean-Jacques Rousseau es un ejemplo de la fiebre obsidional. Exhausto de sentirse perseguido por amigos y enemigos Rousseau concibió su última estrategia defensiva: Dios sería su abogado. Sólo El debe conocer en su causa, sólo él velar por su inocencia.  Un día se dirigió decidido a Notre-Dame de París llevando entre sus manos un escrito que contenía su propia autodefensa: Rousseau, Juge de Jean-Jacques.  Su intención era depositarlo en el altar de la iglesia. Pero en el apéndice a sus Dialogues cuenta lo que fuera el paroxismo de su fiebre. Una vez que penetró en las sombras del templo se encontró con que una cancela estaba cerrada y lo separaba irremediablemente del altar mayor. La desesperación se apoderó de él, con un doble movimiento de vértigo y de parálisis. Se convenció que hasta Dios había entrado a formar parte del complot universal que se había urdido en su contra.

«Protecteur des opprimes, Dieu de justice et de vérité, reçois ce dépôt que remet sur ton Autel et confie à ta providence un étranger infortune, seul sans appui sans défenseur sur la terre, outrage, moque, diffame, trahi de toute une génération, charge [444] depuis quinze ans à lʼenvi de traitemens pires que la mort et dʼindignités inouies jusquʼici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause. Toute explication mʼest refusée, toute communication mʼest ôtée, je nʼattends plus des hommes aigris par leur propre injustice quʼaffronts mensonges et trahisons. Providence éternelle, mon seul espoir est en toi; daigne prendre mon dépôt sous ta garde et le faire tomber en des mains jeunes et fidelles, qui le transmettent exempt de fraude à une meilleure génération; quʼelle apprenne, en déplorant mon sort, comment fut traite par celle-ci un homme sans fiel et sans fard, ennemi de lʼinjustice, mais patient a lʼendurer, et qui jamais nʼa fait ni voulu ni rendu de a mal à personne. Nul nʼa droit, je le sais, dʼespérer un miracle, pas même lʼinnocence opprimée et méconnue. Puisque tout doit rentrer dans lʼordre un jour, il suffit dʼattendre. Si donc mon travail est a perdu, sil doit être livre à mes ennemis et par eux détruit ou défigure, comme cela paroît inévitable, je nʼen compterai pas moins sur-ton oeuvre, quoique jʼen ignore lʼheure et les moyens, et après avoir fait, comme je lʼai du, mes efforts pour y concourir, jʼattends avec confiance, je me repose sur ta justice, et me résigne à ta volonté.»
[445] Au verso du titre et avant la premiere page étoit écrit ce qui suit.
«Qui que vous soyez que le Ciel a fait lʼarbitre de cet écrit, quelque usage que vous ayez résolu dʼen faire, et quelque opinion que vous ayez de lʼAuteur, cet Auteur infortune vous conjure par vos entrailles humaines et par les angoisses quʼil a souffertes en lʼécrivant, de nʼen disposer quʼaprès lʼavoir lu tout entier. Songez que cette grace que vous demande un coeur brise de douleur, est un devoir dʼéquité que le Ciel vous impose.
Tout cela fait, je pris sur moi mon paquet, et je me rendis le samedi 24 février 1776 sur les deux heures a Notre-Dame dans lʼintention dʼy présenter le même jour mon offrande. Je voulus entrer par une des portes latérales par laquelle je comptois pénétrer dans le Choeur. Surpris de la trouver fermée, jʼallai passer plus bas par lʼautre porte latérale qui donne dans la nef. En entrant, mes yeux furent frappes dʼune grille que je nʼavois jamais remarquée et qui separoit de la nef la partie des bas-cotes [446] qui entoure le Choeur. Les portes de cette grille étoient fermées, de sorte que cette partie des bas-cotes dont je viens de parler étoit vide et quʼil mʼétoit impossible dʼy pénétrer. Au moment ou jʼapperçus cette grille je fus saisi dʼun vertige comme un homme qui tombe en apoplexie, et ce vertige sut suivi dʼun bouleversement dans tout mon être, tel que je ne me souviens pas dʼen avoir éprouve jamais un pareil. LʼEglise me parut avoir tellement change de face que doutant si jʼétois bien dans Notre-Dame, je cherchois avec effort à me reconnoître et a mieux discerner ce que je voyois. Depuis trente-six ans que je suis à Paris, jʼétois venu sort souvent et en divers tems à Notre-Dame; jʼavois toujours vu le passage autour du Choeur ouvert et libre, et je nʼy avois même jamais remarque ni grille ni porte autant quʼil put mʼen souvenir. Dʼautant plus frappe de cet obstacle imprévu que je nʼavois dit mon projet à personne, je crus dans mon premier transport voir concourir le Ciel même à lʼoeuvre dʼiniquité des hommes et le murmure dʼindignation qui mʼéchappa ne peut être conçu que par celui qui sauroit se mettre à ma place, ni excuse que par celui qui sait lire au fond des coeurs.
Je sortis rapidement de lʼEglise, résolu de nʼy rentrer de mes jours, et me livrant à toute mon agitation, je courus tout le reste du jour, errant de toutes parts sans [447] lʼavoir ni ou jʼétois ni ou jʼallois, jusquʼà ce que nʼen pouvant plus, la lassitude et la nuit me forcèrent de rentrer chez moi rendu de fatigue et presque hébété de douleur.»

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